QU’EST-CE QUE l’ACS Plus culturellement pertinente et POURQUOI l’a-t-on élaborée?
Le gouvernement fédéral canadien définit l’Analyse comparative entre les sexes Plus (ACS Plus) comme suit :
« … un outil analytique servant à faciliter l’élaboration de politiques, de programmes et d’autres initiatives adaptés et inclusifs. Il s’agit d’un processus permettant de comprendre qui est impacté par l’enjeu ou l’occasion abordée par l’initiative; de déterminer comment l’initiative pourrait être adaptée aux différents besoins des personnes les plus impactées; de même que d’anticiper et de lever les obstacles empêchant d’accéder à l’initiative ou d’en bénéficier. L’ACS Plus est une analyse intersectionnelle qui va au-delà des différences biologiques (sexe) et socioculturelles (genre), pour prendre en compte d’autres facteurs tels que l’âge, le handicap, l’éducation, l’ethnicité, la situation économique, la géographie (y compris la ruralité), la langue, la race, la religion et l’orientation sexuelle.[1] »
L’ACS a pris de l’importance au Canada pendant la « deuxième vague du féminisme » et était centrée sur les droits de reproduction et l’égalité des salaires, en privilégiant principalement les expériences des femmes blanches hétérosexuelles. Elle ne tenait pas compte de la réalité de divers groupes, comme les femmes noires, autochtones, migrantes et réfugiées, les membres de la communauté 2ELGBTQQIA+ ainsi que les personnes en situation de handicap. Même si de grandes avancées ont été faites en matière d’égalité des femmes, des disparités existent encore. Grâce à des recherches continues et à des revendications constantes, l’ACS a évolué pour devenir l’ACS Plus, qui, comme le mentionne la définition ci-dessus, encourage une analyse intersectionnelle. Cependant, l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) a souligné qu’il n’y avait pas de perspective culturelle ou historique dans les cadres de l’ACS Plus générale, que celle-ci traitait les groupes autochtones comme des entités homogènes et qu’elle n’abordait pas de manière adéquate le rôle de la colonisation dans les traumatismes et les violences persistants (AFAC, 2020). Pour l’AFAC, une ACS Plus culturellement pertinente reconnaît les répercussions persistantes et néfastes de la colonisation ainsi que les structures de pouvoir et l’oppression qui ont historiquement marginalisé les peuples autochtones (AFAC, 2020). L’ACS Plus culturellement pertinente met l’accent sur la nécessité d’élaborer des politiques et des programmes qui reconnaissent et abordent ces réalités historiques, actuelles et évolutives distinctes, en veillant à ce que les effets de la colonisation et de l’oppression systémique soient intégrés à la fois dans l’évaluation d’impact (EI) et dans l’élaboration de solutions. En résumé, l’ACS Plus culturellement pertinente combine une analyse intersectionnelle avec une attention particulière portée à la colonisation et aux expériences distinctes des femmes, des filles et des personnes bispirituelles autochtones.
[1] Gouvernement du Canada, Qu’est-ce que l’Analyse comparative entre les sexes Plus? https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/analyse-comparative-entre-sexes-plus/est-analyse-comparative-entre-sexes-plus.html.
Détails supplémentaires
L’ACS Plus culturellement pertinente s’appuie sur le leadership et les efforts continus de nombreux chercheurs et défenseurs, y compris les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et les personnes de diverses identités de genre. Elle encourage les changements transformateurs afin de parvenir à l’équité pour tous. Après la quatrième Conférence mondiale sur les femmes organisées par les Nations Unies, qui a eu lieu à Beijing en 1995, le Canada a adopté l’ACS comme outil analytique pour soutenir l’élaboration de politiques, de programmes et d’autres projets adaptés et inclusifs. Il s’agit d’une étape majeure dans la défense de l’égalité des sexes, qui a introduit le concept d’intégration des questions d’égalité entre les sexes, visant à intégrer les perspectives de genre dans toutes les politiques et tous les programmes.
L’ACS avait été critiquée parce qu’elle se concentrait sur une seule caractéristique identitaire (le sexe) et principalement sur les expériences des femmes blanches. Par conséquent, afin de souligner la nécessité d’une analyse intersectionnelle, on a ajouté le « Plus ». L’intersectionnalité, un concept inventé par la juriste féministe noire Kimberlé Crenshaw, sous-tend le cadre de l’ACS Plus non seulement en soulignant la façon dont les dimensions identitaires superposées (comme la race, le genre, la classe sociale, l’âge, le handicap et l’orientation sexuelle) s’entrecroisent, mais aussi en reconnaissant les structures d’oppression et de pouvoir qui façonnent les expériences uniques de discrimination et de privilège. En d’autres termes, l’intersectionnalité ne concerne pas seulement les expériences uniques des identités croisées, mais aussi la manière dont le pouvoir façonne ces expériences. Le « Plus » de l’ACS Plus met de l’avant la nécessité d’aller au-delà du sexe et du genre pour englober les identités croisées et les structures de pouvoir, ainsi que la manière dont elles façonnent des expériences uniques dans des contextes particuliers.
L’ACS Plus néglige encore souvent les réalités des femmes, filles et personnes bispirituelles ou de diverses identités de genre autochtones. Il est donc essentiel d’adopter une approche de l’ACS Plus culturellement pertinente afin de s’assurer de les inclure. L’ACS Plus culturellement pertinente, telle que définie par l’AFAC (voir la réponse sommaire), reconnaît et aborde les réalités historiques et actuelles distinctes, telles que les effets du colonialisme, des pensionnats et du racisme systémique, tout en tenant compte des expériences uniques et du manque d’accès équitable aux occasions pour les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et les personnes de diverses identités de genre dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’emploi et de la justice. Cette approche permet d’aborder et d’intégrer leurs besoins spécifiques lors de l’évaluation des effets de l’exploitation et de l’extraction de ressources, et de l’élaboration de mesures d’atténuation, de politiques et de programmes en réponse à ces effets. L’objectif de l’ACS Plus culturellement pertinente est de favoriser des résultats plus inclusifs, plus équitables et plus efficaces pour TOUTES les personnes, d’encourager des changements significatifs et de s’attaquer aux disparités persistantes dans les domaines de la santé, de la société, du droit, de la politique et de l’économie. En résumé, l’ACS Plus culturellement pertinente combine une analyse intersectionnelle avec une attention particulière à la colonisation et aux expériences distinctes des femmes, des filles et des personnes bispirituelles autochtones.
Exemples
Exemple 1 : Transfert de connaissances sur l’ACS Plus culturellement pertinente mené par des femmes autochtones
L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) a joué un rôle essentiel dans la promotion d’une ACS Plus culturellement pertinente dans diverses politiques touchant les femmes autochtones partout au Canada. Ces femmes ont créé des outils et des ressources pour aider les collectivités et les décideurs politiques à intégrer les considérations relatives au genre et à la culture dans leur travail. L’AFAC fournit des lignes directrices complètes sur l’application de l’ACS Plus culturellement pertinente en mettant l’accent sur l’intersection du genre avec l’identité, la culture et les conditions socioéconomiques autochtones. Un exemple de son travail est sa trousse de démarrage sur l’analyse comparative entre les sexes culturellement pertinente, disponible en ligne. Grâce à ces projets, l’AFAC veille à ce que les perspectives, besoins et intérêts uniques des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et des personnes de diverses identités de genre soient reconnus et abordés lors de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques.
Exemple 2 : Leadership des femmes autochtones dans la mise en œuvre de l’ACS Plus culturellement pertinente dans les projets de développement et d’extraction de ressources
Les femmes autochtones du Canada ont participé activement à l’intégration de l’ACS Plus culturellement pertinente dans les politiques environnementales et sociales. Elles ont souligné l’importance de tenir compte des systèmes de connaissances autochtones, des rôles traditionnels autochtones (comme la pêche, la chasse, la cueillette de baies, etc.) et des effets spécifiques sur leurs collectivités dans les évaluations environnementales. Par exemple, le projet de mine nickélifère de Voisey’s Bay a bénéficié d’une contribution essentielle des femmes autochtones, qui ont permis de formuler des recommandations sur l’emploi des femmes et de répondre aux préoccupations liées à la violence fondée sur le sexe et à la santé communautaire.
Références et ressources utiles
- Politique d’aide internationale féministe du Canada. https://www.international.gc.ca/world-monde/issues_development-enjeux_developpement/priorities-priorites/policy-politique.aspx?lang=fra.
- Connell, R. W. (2002). Gender. Polity Press.
- Cox, David J. (2013). Environmental Impact Assessments and Impact Benefit Agreements: The Participation of Aboriginal Women at Voisey’s Bay Mine [thèse de maîtrise, Université McMaster]. Hamilton, Ontario. https://macsphere.mcmaster.ca/bitstream/11375/12954/1/fulltext.pdf.
- Crenshaw, K. (1989). Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics. University of Chicago Legal Forum, 1989(1), article 8.
- Crenshaw, K. (1991). Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence Against Women of Color. Stanford Law Review, 43(6), 1241‑1299.
- Gouvernement du Canada. Approche du gouvernement du Canada sur l’Analyse comparative entre les sexes Plus. https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/analyse-comparative-entre-sexes-plus/approche-gouvernement.html.
- Agence d’évaluation d’impact du Canada. Document d’orientation : Analyse comparative entre les sexes Plus dans le cadre de l’évaluation d’impact. www.canada.ca/content/dam/iaac-acei/documents/policy-guidance/gender-based-analysis-plus/document-orientation-analyse-comparative-sexes-plus-evaluation-impact.pdf.
- Molony, B. (2017). Analyse comparative entre les sexes et deuxième vague du féminisme.
- Association des femmes autochtones du Canada (AFAC). Trousse de démarrage Analyse comparative entre les sexes culturellement pertinente (ACSCP) : Introduction, intégration et exemples d’utilisation, juin 2020. https://www.nwac.ca/assets-knowledge-centre/NWAC_CRGBA_2020_FR_Final_Web.pdf.
- Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) (2022, août). Fiche d’information – ACSPC. https://nwac.ca/assets-documents/CRGBA_FR_FACTSHEET_AUG2022-copy.pdf.
- Rao, A. et Kelleher, D. (2005). Is There Life After Gender Mainstreaming? Gender & Development, 13(2), 57-69. UNDP Methods Center – Assessing Gender Equality, Ann-Murry Brown, Useful Tool to Assess Gender Equity.
- Sénat du Canada. (2020). https://sencanada.ca/content/sen/committee/441/soci/20ev-55680.pdf.
- ONU Femmes. Gender Mainstreaming. United Nations Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women. Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes).