QUELLES sont les étapes à suivre pour que l’ACS Plus soit culturellement pertinente?
L’objectif de l’ACS Plus culturellement pertinente est de découvrir et de corriger les effets inégaux des politiques et des programmes sur divers groupes. Elle combine une analyse intersectionnelle avec une attention particulière aux effets historiques, continus et évolutifs de la colonisation. Cette approche s’inspire du graphique des étapes clés de Condition féminine Canada (aujourd’hui Femmes et Égalité des genres Canada ou FEGC) et l’adapte au contexte de l’ACS Plus culturellement pertinente. Elle est également basée sur le document d’orientation de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada, Analyse comparative entre les sexes Plus dans le cadre de l’évaluation d’impact. Pour mettre en œuvre l’ACS Plus culturellement pertinente, nous proposons les six (6) étapes clés suivantes, en veillant à ce que chacune d’entre elles intègre des dimensions culturellement pertinentes, comme indiqué dans les travaux de l’AFAC. Chaque étape doit être réalisée dans le cadre de la cocréation et du partenariat avec les collectivités concernées dans un climat de mobilisation et en mettant l’accent sur leurs voix.

Détails supplémentaires
Les six étapes décrites ci-dessus sont essentielles pour les praticiens de l’EI afin de garantir l’application de l’ACS Plus culturellement pertinente dans leur travail. Chaque étape doit être réalisée dans le cadre de la cocréation et du partenariat avec les collectivités concernées dans un climat de mobilisation, tout en veillant à mettre l’accent sur leurs voix.
1. Comprendre l’ACS Plus culturellement pertinente dans le cadre de l’EI : Cette étape souligne la nécessité pour les praticiens de comprendre comment les identités croisées, le pouvoir et les privilèges touchent les collectivités. Elle consiste à prendre conscience des différentes dynamiques culturelles, sociales et de genre qui peuvent influencer l’effet d’un projet. Cette compréhension fondamentale est essentielle pour que les praticiens puissent réaliser une ACS Plus culturellement pertinente. Les suppositions concernant les rôles, les pratiques culturelles et les normes sociales de divers groupes peuvent souvent être intégrées dans les processus d’élaboration et de mise en œuvre des politiques, et entraîner la négligence ou les préjudices envers certaines personnes de ces collectivités. Cette étape exige de prêter activement attention à l’expérience de divers membres de la collectivité et de remettre en question les suppositions individuelles et organisationnelles sur la façon dont le genre, la culture, les capacités et d’autres aspects identitaires s’entrecroisent pour façonner l’expérience des personnes à l’égard des projets de ressources. Elle implique d’examiner de manière critique les préjugés susceptibles d’influencer l’initiative, de remettre en question l’idée que les groupes de population sont homogènes et de veiller à ce que l’analyse ne perpétue pas les stéréotypes ou ne néglige pas les défis particuliers auxquels sont confrontées les personnes aux identités diverses, notamment les femmes, les personnes noires et racisées, les femmes, filles et personnes bispirituelles ou de diverses identités de genre autochtones, les personnes en situation de handicap, les jeunes et bien d’autres. L’un des principaux objectifs de la compréhension de l’ACS Plus culturellement pertinente dans le cadre de l’EI est d’éviter de formuler des suppositions qui représentent mal ou simplifient excessivement la réalité complexe des collectivités touchées.
2. Connaître les collectivités touchées : Les praticiens doivent acquérir une connaissance approfondie des collectivités concernées par le projet. Cette connaissance inclut l’histoire et la culture de la collectivité, ainsi que son expérience en matière de projets ou de changements dans son environnement. La reconnaissance de ces facteurs permet de répondre à des préoccupations spécifiques et de favoriser le respect mutuel entre les praticiens et les membres de cette collectivité. Cette étape consiste à comprendre les collectivités concernées et la manière dont leur culture unique s’articule avec le genre et/ou d’autres identités, ainsi qu’avec les structures de pouvoir et d’oppression. Elle nécessite un examen approfondi des contextes socioéconomiques, historiques et culturels plus larges qui peuvent influencer l’expérience des personnes susceptibles d’être touchées par le projet ou l’initiative en cours d’évaluation. En cernant dès le départ les enjeux intersectionnels et culturels pertinents, l’analyse de l’impact sera plus précise et adaptée aux groupes spécifiques concernés.
3. Employer une mobilisation véritable : La mobilisation va au-delà de la simple participation; elle nécessite la création d’espaces de dialogue authentique où les voix de la collectivité sont entendues et valorisées. Les praticiens doivent impliquer les membres de la collectivité à tous les stades en leur permettant de faire part de leurs préoccupations, de leurs préférences et de leurs connaissances traditionnelles. Ce faisant, ils s’assurent que leurs perspectives façonnent le projet.
4. Établir une base de référence contextuelle : L’établissement d’une base de référence contextuelle comprend la collecte de données et de renseignements qui reflètent l’état actuel des contextes social, culturel, politique, économique et environnemental de la collectivité. Parfois, les données de référence peuvent aussi être liées à un état historique plutôt qu’à des circonstances actuelles, ce qui permet de comprendre comment les conditions et changements antérieurs ont façonné les réalités actuelles de la collectivité. Cette étape est cruciale pour l’évaluation de tout changement futur et permet de fixer des repères à partir desquels les effets du projet peuvent être mesurés. Une base de référence contextuelle prend en compte les connaissances des différents membres de la collectivité et reconnaît les disparités existantes. La collecte de faits par la recherche est essentielle à l’application d’une ACS Plus culturellement pertinente. Cette étape se concentre sur la collecte de données ventilées non seulement par sexe, mais aussi par d’autres facteurs identitaires croisés, tels que l’ethnicité, l’âge, le handicap, etc. Les décisions concernant les données à collecter et/ou à utiliser doivent être éclairées par la mobilisation avec les divers membres des collectivités concernées, afin que leurs voix et leurs expériences soient au cœur de la collecte et de l’analyse des données. Cette étape permet de comprendre l’inégalité des effets sur les personnes directement touchées et de s’assurer que les données reflètent leurs réalités.
5. Évaluer les effets : Les praticiens utilisent des données qualitatives et quantitatives pour évaluer les effets bénéfiques et néfastes du projet sur divers groupes au sein des collectivités touchées. Cette étape consiste à examiner la variation possible des effets en fonction des sexes, des groupes d’âge ou d’autres facteurs identitaires, et d’établir des stratégies pour atténuer les effets négatifs. Pour comprendre l’éventail des effets potentiels, il faut également s’appuyer sur les connaissances autochtones et les connaissances des collectivités, qui contribuent à garantir que les évaluations sont exhaustives et respectueuses des valeurs locales. La Loi sur l’évaluation d’impact (LEI) entend par « connaissances autochtones » un ensemble de systèmes de connaissances complexes fondés sur les visions du monde des peuples autochtones. Les connaissances autochtones reflètent les systèmes uniques de cultures, de langues, de valeurs, de gouvernance et de dispositions juridiques des peuples autochtones ainsi que leur histoire. Elles sont axées sur les lieux, cumulatives et dynamiques. Les systèmes de connaissances autochtones se fondent sur l’harmonie et le maintien de bonnes relations avec la nature. Ces systèmes sont transmis depuis des temps immémoriaux. Les systèmes de connaissances autochtones s’appuient sur les expériences des générations précédentes, éclairent les pratiques des générations actuelles et évoluent dans le contexte de la société contemporaine. Les collectivités des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont chacune leur propre façon de décrire leurs connaissances. Les détenteurs de connaissances sont les seules personnes qui peuvent vraiment définir les connaissances autochtones pour leurs collectivités.
6. Surveiller et évaluer : La dernière étape consiste à concevoir un cadre d’évaluation qui soit culturellement pertinent et qui garantisse un suivi continu des effets du projet sur les différents groupes. Il s’agit de créer des mécanismes permettant de suivre l’efficacité des mesures d’atténuation proposées (c’est-à-dire les stratégies ou actions spécifiques mises en œuvre pour réduire les effets négatifs) au fil du temps. Pour s’assurer que les engagements intersectionnels et culturellement pertinents sont maintenus, l’évaluation devrait inclure des boucles de rétroaction où les membres de diverses collectivités peuvent apporter leur contribution, permettant ainsi des ajustements et des améliorations qui reflètent l’expérience des personnes touchées. L’objectif est de s’assurer que les changements dans les effets du projet sont décelés et atténués ou accrus en conséquence, en particulier pour s’assurer que les groupes marginalisés ne subissent pas des effets négatifs aggravés.
Communiquer et documenter : Tout au long de ces étapes, il est essentiel de documenter l’analyse et de communiquer les résultats et les décisions de manière transparente à tous les intervenants. Une documentation claire permet d’assurer la responsabilité et de consigner la manière dont l’intersectionnalité et la pertinence culturelle ont été prises en compte tout au long du processus. Une communication efficace des résultats favorise également un climat de confiance et la collaboration avec les collectivités concernées afin qu’elles soient entendues et respectées.
Exemples
Au Guatemala, le projet DEMUJERES, axé sur la promotion des droits et de la justice pour les femmes et les filles autochtones, a appliqué une ACS Plus culturellement pertinente, mais dans un cadre différent de celui d’une évaluation d’impact. Cet exemple reste utile pour souligner comment l’ACS Plus culturellement pertinente peut révéler des facteurs croisés touchant divers membres de la collectivité, y compris les femmes, filles et personnes bispirituelles ou de diverses identités de genre autochtones, et réagir vis-à-vis de ceux-ci.
- Comprendre l’ACS Plus culturellement pertinente : Ce projet a pris en compte les facteurs croisés touchant les femmes autochtones, notamment les barrières culturelles, linguistiques et liées à l’âge dans le système juridique. Cette approche tient compte du fait que les femmes autochtones, jeunes ou plus âgées, peuvent être confrontées à des difficultés particulières dans ces systèmes. On a cerné les principaux problèmes culturels touchant les femmes et les filles autochtones au Guatemala en mobilisant les collectivités locales pour comprendre leurs obstacles propres à l’accès à la justice, à la sécurité et aux droits. On a mis l’accent sur la prise en compte de leurs contextes particuliers, tels que l’invisibilité juridique ou la discrimination intersectionnelle. Le projet devait remettre en question les suppositions de nature institutionnelle et organisationnelle, en particulier celles qui ne tiennent pas compte des perspectives sexospécifiques des Autochtones. Il s’agissait de remettre en question les préjugés systémiques dans les structures juridiques et sociales du Guatemala, ainsi que la manière dont ils affectent les femmes et les filles autochtones.
- Connaissances des collectivités touchées : Le projet se concentrait sur trois régions présentant des niveaux élevés de violence à l’égard des femmes et des filles autochtones, et a impliqué des organisations et des autorités autochtones locales afin de garantir une compréhension approfondie des collectivités touchées.
- Mobilisations : On a constamment employé la mobilisation tout au long du projet. Par exemple, on a établi des points focaux régionaux pour mobiliser continuellement les organisations autochtones et les organisations de femmes autochtones impliquées dans le projet. Cette approche a permis de s’assurer que les voix et les points de vue des femmes et des filles autochtones étaient continuellement intégrés dans les activités et la prise de décision du projet.
- Base de référence contextuelle : La base de référence du projet a pris en compte les données intersectionnelles, reconnaissant les diverses expériences des femmes autochtones en fonction de facteurs tels que l’âge, la culture et le contexte socioéconomique. Le processus de référence a permis de recueillir des données essentielles sur chaque région, ce qui a aidé à adapter les interventions aux besoins et aux conditions propres à chaque zone. En outre, le projet a évalué les compétences matérielles et immatérielles, ce qui lui a permis de cibler les domaines dans lesquels un renforcement des capacités était nécessaire afin que les appuis puissent être adaptés aux forces et aux besoins individuels de chaque collectivité. La recherche factuelle, fondée sur les systèmes de connaissances autochtones, était essentielle. Le projet a permis de recueillir des données sur la manière dont les femmes autochtones vivaient les enjeux liés aux droits et à la justice différemment des autres groupes, ce qui a permis d’adapter l’analyse aux réalités culturelles et sexospécifiques particulières. Les préjugés juridiques comprenaient la non-reconnaissance des systèmes juridiques autochtones, les barrières linguistiques qui empêchent les femmes autochtones d’avoir accès à une représentation juridique dans leur langue maternelle, et les pratiques discriminatoires au sein du système juridique officiel qui, souvent, ne tenaient pas compte des coutumes autochtones et des mécanismes communautaires de résolution des conflits.
- Évaluation des effets : Des réunions régulières ont permis d’évaluer l’effet de chaque composante du projet et de s’assurer que des ajustements pouvaient être apportés pour répondre aux besoins de la collectivité. Le projet était dirigé par des femmes autochtones, qui ont fourni des connaissances inestimables sur leur culture, la géographie régionale et la dynamique propre à leur collectivité. Ces connaissances ont permis de réaliser des évaluations d’impact pertinentes et sensibles à la culture tout au long du projet. En travaillant en étroite collaboration avec les groupes autochtones, le projet a cocréé des solutions qui respectent leurs valeurs et leurs traditions juridiques. Par exemple, les recommandations comprenaient la promotion de réformes juridiques s’alignant plus étroitement sur les droits des femmes autochtones.
- Surveiller et évaluer : La mobilisation continue des femmes autochtones s’est concentrée sur la question de l’efficacité des recommandations du projet. Le projet a veillé à ce que l’évaluation soit réalisée à l’aide de l’ACS Plus culturellement pertinente en ajustant les interventions si nécessaire. Cela incluait toutes les phases du projet, de la base de référence à l’évaluation finale. Le projet comprenait des réunions d’apprentissage à mi-parcours et annuelles, des visites régulières de surveillance et d’évaluation sur le terrain, et une évaluation finale. Ces vérifications structurées ont permis à l’équipe de suivre les progrès réalisés, de relever les défis au fur et à mesure qu’ils se présentaient et de s’assurer que les résultats du projet restaient adaptés aux besoins des femmes et des collectivités autochtones.
L’approche de l’ACS Plus culturellement pertinente dans ce projet a aidé l’équipe de mise en œuvre (semblable à une équipe qui entreprend une EI) à accomplir son travail de manière à favoriser des expériences plus équitables pour les divers membres des collectivités touchées.
Références et ressources utiles
- Projet international, Droits et justice pour les femmes et les filles autochtones au Guatemala (DEMUJERES), financé par Affaires mondiales Canada (AMC) et mis en œuvre par le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) et Avocats sans frontières Canada (ASFC).
- Ministers Advisory Council on Indigenous Women (MACIW). Indigenous Gender-Based Analysis Plus (IGBA+) Toolkit. https://www2.gov.bc.ca/assets/gov/british-columbians-our-governments/indigenous-people/aboriginal-peoples-documents/maciw_igba_toolkit.pdf.
- Two Worlds Consulting (2020). Études de cas sur l’intégration du savoir autochtone et de la science dans les évaluations d’impact. Préparé pour l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (2020, mai). https://www.canada.ca/content/dam/iaac-acei/documents/research/Two-Worlds-Rapport-savoir-autochtone-et-science.pdf.
- Femmes et Égalité des genres Canada (FEGC). L’ACS+ : étape par étape. https://www.youtube.com/watch?v=VRICk6EHWog.
- Femmes et Égalité des genres Canada (FEGC), Démystifier l’ACS+. https://women-gender-equality.canada.ca/gbaplus-course-cours-acsplus/assets/modules/Demystifying_GBA_job_aid_FR.pdf.