COMMENT les praticiens de l’EI peuvent-ils suivre des pratiques prometteuses pour appliquer l’ACS Plus culturellement pertinente dans l’EI si les collectivités touchées hésitent à s’impliquer dans le processus d’EI?

Les collectivités peuvent hésiter à participer à une EI pour plusieurs raisons, notamment des contraintes financières et de temps, un manque de compréhension ou une mauvaise interprétation du processus d’EI, des restrictions culturelles à la participation (par exemple, dans certaines collectivités, les femmes et les minorités de genre peuvent subir des pressions et des attentes sociales qui limitent leur volonté ou leur capacité à fournir des informations ou à participer à la prise de décision), ou parce qu’elles refusent l’idée de projets d’exploitation et d’extraction de ressources. Ces réactions peuvent refléter des préoccupations profondes concernant les dommages potentiels de ces projets ou un scepticisme quant à la question de savoir si la collectivité en bénéficiera réellement ou si elle connaîtra des améliorations significatives. 

Pour surmonter les obstacles à la participation et le déclin de la participation en raison de l’opposition au projet, il est important de reconnaître et de comprendre les raisons nuancées de l’hésitation ou du refus de s’impliquer. Bien que des mesures pratiques telles que l’embauche de traducteurs, les séances virtuelles, les discussions en groupes fermés et la mise en place de services de garde d’enfants puissent réduire les obstacles logistiques, les praticiens doivent également tenir compte du contexte social et historique qui sous-tend l’opposition. Il s’agit de comprendre les expériences passées avec des projets semblables, les préjudices perçus ou réels qui ont pu résulter de projets antérieurs, et le scepticisme de la collectivité à l’égard des avantages potentiels.

Les praticiens doivent faire preuve d’empathie, reconnaître la légitimité de ces préoccupations tout en créant des espaces de dialogue où les collectivités peuvent exprimer leurs points de vue sans pression ni crainte. Le partage d’informations détaillées et transparentes sur les risques et les avantages du projet, tout en tenant réellement compte des approches alternatives ou des mesures d’atténuation proposées par la collectivité, peut favoriser la confiance. L’intégration des connaissances locales et autochtones dans le processus est un signe supplémentaire de respect et peut contribuer à rétablir les relations avec des collectivités qui se sentent marginalisées ou méfiantes. Ce type de contexte peut aider à façonner l’attitude d’un praticien de l’EI en vue de favoriser une mobilisation véritable et respectueuse, même dans les situations d’hésitation ou de refus.

Détails supplémentaires

Les collectivités peuvent hésiter à participer à une EI pour diverses raisons, souvent profondément enracinées dans des contextes historiques, sociaux, politiques, environnementaux, financiers et culturels. Cette résistance peut découler de traumatismes passés, comme de l’exploitation, de la marginalisation ou de la méfiance à l’égard d’acteurs et d’organisations externes. Les obstacles à la participation peuvent également inclure des contraintes financières ou de temps, une compréhension limitée des avantages potentiels de la participation et un manque d’accès aux ressources et documents pertinents nécessaires à une mobilisation véritable. Des facteurs sociaux, tels que les approches patriarcales ou sexistes de la participation politique, peuvent freiner davantage la mobilisation. En outre, les collectivités peuvent se sentir traitées comme des sujets de recherche plutôt que comme des partenaires égaux, exacerbant ainsi leur sentiment de méfiance. Dans certains cas, la présence d’acteurs externes menant une EI peut être perçue comme une tentative de s’approprier les efforts de défense des droits ou de représenter faussement la collectivité. Pour répondre à ces préoccupations, les praticiens de l’ACS Plus culturellement pertinente peuvent adopter des pratiques prometteuses afin de réduire les obstacles et de favoriser la confiance, garantissant ainsi un processus d’EI plus inclusif et plus respectueux. Voici quelques options et pratiques prometteuses que les praticiens de l’ACS Plus adaptés à la culture peuvent mettre en œuvre pour surmonter et réduire les obstacles à l’EI auxquels sont confrontés les participants : 

  • joindre les responsables des collectivités concernées pour connaître leur point de vue;
  • mettre l’accent sur les possibilités de collaboration et sur l’autonomisation des collectivités participantes;
  • communiquer avec les militants et les groupes communautaires qui défendent les droits des collectivités touchées, et leur proposer de les rémunérer pour le soutien qu’ils apportent en travaillant avec les membres et les groupes communautaires concernés;
  • offrir un transport gratuit vers les sites où se déroulent les discussions ou offrir diverses possibilités d’exprimer son opinion (par exemple, les participants peuvent fournir des commentaires écrits ou enregistrés s’ils ne peuvent pas assister aux réunions); 
  • offrir des services de garde d’enfants, des honoraires et, au besoin, d’autres formes d’aide pour les participants;
  • pratiquer l’autoréflexion pour reconnaître tout préjugé personnel afin de s’assurer que les stéréotypes supposés n’influenceront pas vos conclusions sur l’EI;
  • essayer de déterminer la source et le type d’inquiétudes que les membres de la collectivité expriment, puis trouver des moyens d’y répondre individuellement (voir l’exemple ci-dessous concernant la prise en compte des inquiétudes des participants au cours d’une EI);
  • veiller à ce que le processus d’EI soit rédigé de manière claire et à ce qu’il soit accessible dans toutes les langues parlées par la collectivité.

Les promoteurs doivent étudier et expliquer comment les obstacles systémiques, les expériences antérieures et les facteurs connexes peuvent contribuer à l’hésitation d’une collectivité à participer, en veillant à ce que ces interprétations soient formulées avec respect. Si les collectivités décident de ne pas participer à une EI, les promoteurs peuvent s’appuyer sur des données secondaires en privilégiant les sources rédigées ou validées par des membres de la collectivité considérée. Lorsque l’on utilise des données secondaires, il est essentiel de valider ces renseignements avec la collectivité dans la mesure du possible et d’indiquer clairement si les données utilisées ont été examinées et approuvées par celle-ci. La participation des collectivités étant la pierre angulaire du processus d’EI, il est tout aussi important que les promoteurs tiennent compte des limites de l’étude lorsque les collectivités refusent d’y participer. Il s’agit notamment d’en souligner l’impact sur la qualité, la quantité et l’étendue des données collectées. 

Étant donné la nature délicate de la résistance des collectivités, il est primordial d’aborder ces situations avec humilité et d’éviter les suppositions sur les raisons qui sous-tendent la décision d’une collectivité de ne pas s’impliquer. Plutôt que de parler de refus, il est plus constructif de considérer qu’il s’agit d’une réaction enracinée dans les expériences antérieures, d’une méfiance ou de la perception de risques associés au projet. Les promoteurs doivent respecter l’autonomie de la collectivité tout en cherchant à créer des occasions de dialogue à l’avenir. Une formulation et un langage soignés garantissent que le processus d’EI reste inclusif, transparent et respectueux des différents points de vue de tous les membres de la collectivité touchée.

Exemples

Les normes de genre comme obstacle à la participation à l’EI

Lors d’une évaluation sur l’impact environnemental (EIE) menée aux Maldives, les groupes communautaires locaux ont refusé de participer en raison de leurs contraintes financières et temporelles, d’un manque de volonté politique et d’un manque de sensibilisation à l’environnement (Zuhair et Karian, 2016). Les principaux promoteurs ont également remarqué que les femmes étaient absentes des discussions sur l’EIE. En écoutant les membres de la collectivité et en évaluant les structures du gouvernement local, les promoteurs ont compris comment le contexte patriarcal, social et politique des îles créait un environnement où les hommes étaient encouragés à mener les discussions politiques et où les femmes étaient encouragées à se soumettre et à s’abstenir de parler (Zuhair et Karian, 2016). Même lorsqu’elles étaient présentes aux réunions, les discussions étaient généralement dominées par celles aux revenus plus élevés, ce qui contribuait à décourager les autres femmes de participer pleinement (Zuhair et Karian, 2016). Un autre facteur ayant façonné le contexte politique du pays est la prédominance de croyances et d’idéologies religieuses conservatrices qui dictent que les femmes ne doivent pas participer aux mêmes forums que les hommes (Zuhair et Karian, 2016). 

Lutter contre la résistance à la participation à l’EI

Au cours d’une étude ethnographique menée à Copenhague dans le cadre d’un effort d’amélioration des services sociaux, Vitus (2008) a constaté que certains participants communautaires hésitaient à participer pleinement au processus d’EI. Au cours du processus, Vitus (2008) a remarqué que les jeunes garçons appartenant à des minorités ethniques au Danemark étaient d’abord enthousiastes à l’idée de parler de leur expérience, mais qu’une fois entrés dans la salle d’entretien, ils devenaient renfermés, hésitants et prudents. En pratiquant l’autoréflexion et en organisant des discussions avec les membres de la collectivité, Vitus (2008) a conclu que les garçons avaient le sentiment d’être traités comme des « sujets de recherche » plutôt que comme des participants égaux au processus d’évaluation et d’amélioration des services sociaux danois. En réponse, Vitus (2008) a adopté un langage plus informel lorsqu’il s’est entretenu avec les garçons et leur a expliqué qu’ils pouvaient participer selon leurs propres termes et ne partager que ce avec quoi ils se sentaient à l’aise. Vitus (2008) s’est également efforcée de créer un environnement d’entretien plus accueillant en posant moins de questions fermées et en optant pour des questions ouvertes, ce qui a permis aux personnes interrogées de guider le processus (Vitus, 2008).

Évaluation d’impact harmonisée

L’harmonisation des processus existants ou la mise en place de nouveaux processus réunissant la science occidentale et les connaissances autochtones réduit le risque que les conclusions soient controversées et crée également des occasions de renforcer la confiance dans les processus d’EI. En 2008, les gouvernements du Canada et de l’Ontario ont annoncé un projet d’élargissement d’une partie de la route transcanadienne traversant le territoire anichinabé. Les Anichinabés n’ont pas soutenu le projet, car ils n’avaient pas l’impression d’avoir été véritablement consultés. 10 ans plus tard, quatre nations anichinabées se sont réunies pour former un partenariat, puis ont signé un protocole d’entente avec le gouvernement de l’Ontario qui était destiné à « guider la relation et le processus de mobilisation en fonction d’un esprit de coopération et de collaboration » (p. 1). L’EI précise que « cette évaluation d’impact harmonisée représente l’expression anichinabée de la collaboration. Ce document raconte l’histoire des Anichinabés, l’histoire de leur relation avec les terres, les cieux, les sols et les eaux, et l’histoire de leur relation avec les gouvernements des colons » (Executive Summary). L’approche ou la procédure adoptée est un modèle d’évaluation d’impact harmonisé qui associe les lois et les enseignements anichinabés aux approches occidentales de l’évaluation d’impact. Le modèle est basé sur trois cercles concentriques représentant les principes, le processus et les composants. Le cercle extérieur comprend des principes guidés par les lois et les enseignements anichinabés, ainsi que par les pratiques prometteuses d’EI de l’International Association for Impact Assessment. Le cercle suivant (processus) rassemble de la même manière les connaissances issues des processus occidentaux d’EI (c’est-à-dire la détermination de la portée, l’évaluation d’impact et l’atténuation) et les lois anichinabées (vision et festin). Le troisième cercle des « composantes » réunit les conceptions occidentales des composantes valorisées et les composantes importantes pour les Anichinabés. Au centre du cercle se trouve le bien-être, qui comprend les dimensions mentale, spirituelle, physique et sociale. Ce processus illustre une tentative de réunir les connaissances autochtones et occidentales de manière non hiérarchique afin de centrer les différentes perspectives et compréhensions des effets et des mesures d’atténuation. 

Références et ressources utiles