COMMENT les praticiens de l’EI peuvent-ils appliquer l’ACS Plus culturellement pertinente pendant les composantes de mobilisation du public du processus d’EI avec les groupes autochtones?

La Loi sur l’évaluation d’impact du Canada impose une participation significative et la prise en compte des connaissances autochtones tout au long du processus d’EI. Lorsque les praticiens de l’EI appliquent l’ACS Plus culturellement pertinente à la mobilisation des groupes autochtones, ils doivent s’engager à une collaboration continue et à des pratiques inclusives. Pour garantir une application de l’ACS Plus culturellement pertinente dans le cadre des activités de mobilisation d’une EI, les praticiens peuvent suivre les principes directeurs suivants :

  1. Transparence : Cocréer des processus en collaboration avec les détenteurs de droits autochtones en mettant l’accent sur la mobilisation des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et des personnes de diverses identités de genre autochtones, fournir des renseignements clairs et garantir l’accessibilité, y compris dans les langues autochtones.
  2. Pertinence : Écouter et aborder les enjeux qui touchent les différents membres des groupes autochtones, en particulier les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et les personnes de diverses identités de genre, et les prendre en considération de manière significative. Dans l’éventualité où l’on n’écouterait pas véritablement les problèmes touchant les divers membres des groupes autochtones et où l’on ne les réglerait pas réellement, on pourrait exposer ces groupes à des effets comportant des risques importants pour leur santé et leur sécurité.
  3. Inclusion : Supprimer les obstacles à la participation, respecter les normes culturelles et adapter les méthodes pour répondre aux besoins des différents groupes autochtones.
  4. Responsabilité : Partager les renseignements avec transparence et montrer comment la contribution de la collectivité a influencé les décisions.
  5. Flexibilité : Tirer continuellement des leçons de la rétroaction et adapter les stratégies de mobilisation pour favoriser la collaboration et l’innovation.

En adhérant à ces principes, les praticiens de l’EI peuvent non seulement remplir leurs obligations légales et éthiques, mais aussi améliorer l’efficacité et l’équité du processus d’EI. L’intégration de l’ACS Plus culturellement pertinente dans les composantes de mobilisation du processus renforce les résultats du projet, instaure un climat de confiance avec les groupes autochtones et contribue aux objectifs plus larges de justice sociale et de réconciliation.

Détails supplémentaires

Pour appliquer une ACS Plus culturellement pertinente lors des composantes du processus relatives à la mobilisation du public et lorsque l’accent est mis sur les groupes autochtones, les praticiens de l’EI peuvent s’appuyer sur un large éventail de principes. 

Transparence : Il est important de communiquer ouvertement avec les divers membres des groupes autochtones touchés au sujet des possibilités de mobilisation, tout en indiquant clairement l’objectif et la manière dont leur contribution sera utilisée. Une communication ouverte peut être facilitée en s’assurant, notamment :

  • de cocréer les processus de mobilisation avec les détenteurs de droits autochtones, y compris les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et les personnes de diverses identités de genre autochtones;
  • de fournir rapidement aux peuples autochtones des renseignements précis et des données intersectionnelles pertinentes;
  • de prévoir un délai suffisant pour la préparation et l’implication des participants, ainsi que la souplesse des dates et heures choisies pour les rassemblements et les possibilités d’échange de renseignements;
  • de publier des rapports sommaires complets et accessibles, en mettant les données à la disposition de tous lorsque cela est possible; 
  • de soutenir les traditions orales et la garantie de l’accessibilité dans les langues autochtones. 

Pertinence : Écouter activement les divers membres des groupes autochtones et leur parler des questions qui leur sont importantes. Veiller à ce qu’il y ait une compréhension mutuelle des sujets de discussion proposés en accordant suffisamment de temps aux groupes autochtones, y compris les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et les personnes de diverses identités de genre, pour expliquer clairement comment ils sont directement touchés par les enjeux actuels et émergents. L’adhésion à ce principe peut notamment inclure les mesures suivantes :

  • offrir de multiples possibilités aux membres de la collectivité de contribuer à influencer les décisions;
  • s’assurer que les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et les personnes de diverses identités de genre disposent d’un espace suffisant pour apporter leur contribution.

Inclusion : Tenir compte de diverses perspectives et expériences autochtones, tout en s’efforçant d’éliminer les obstacles physiques, culturels, géographiques, linguistiques, numériques et autres à la participation. Offrir de multiples possibilités de mobilisation faisant écho aux modes de connaissance et d’existence des Autochtones. L’adhésion à ce principe peut notamment inclure :

  • tenir des séances de mobilisation dans des lieux accessibles et significatifs pour les groupes autochtones;
  • fournir des renseignements dans les deux langues officielles et, le cas échéant, dans les langues autochtones;
  • offrir du matériel dans divers formats pour répondre aux différents besoins de communication;
  • concevoir des processus inclusifs qui respectent et reflètent les normes et valeurs culturelles des groupes autochtones touchés;
  • adapter des méthodes de mobilisation aux besoins et aux préférences des différents participants autochtones, y compris les femmes, les filles, les personnes bispirituelles, les personnes de diverses identités de genre, les personnes en situation de handicap, etc.;
  • participer activement aux dialogues communautaires existants lorsque l’on y est convié, tout en respectant les structures de gouvernance autochtones;
  • écouter attentivement et sans parti pris, et entretenir des relations à long terme fondées sur la confiance et le respect.

Responsabilité : S’engager à transmettre avec transparence les enseignements tirés des participants autochtones – y compris, entre autres, des femmes, filles, personnes bispirituelles et de diverses identités de genre, aînés, personnes en situation de handicaps – et expliquer comment leurs points de vue influencent les décisions et les mesures à prendre. La responsabilité inclut les comportements suivants :

  • fournir une rétroaction rapide aux groupes autochtones à la suite des mobilisations;
  • maintenir la communication continue tout au long du processus de mobilisation;
  • allouer les ressources de manière responsable afin de respecter les engagements pris envers des groupes autochtones;
  • démontrer l’influence des contributions de la collectivité en mettant en évidence les changements tangibles résultant de leur contribution.

Flexibilité : S’engager à apprendre continuellement et à adapter les approches en matière de mobilisation afin de favoriser une culture de mobilisation, de collaboration et d’apprentissage mutuel. Pour faire preuve de flexibilité, les praticiens peuvent :

  • fixer des critères de réussite clairs dès le départ et ajuster, au besoin, les stratégies en fonction de la rétroaction;
  • essayer des méthodes et des outils de mobilisation novateurs adaptés aux contextes autochtones;
  • établir des partenariats avec, entre autres, des membres de groupes autochtones, des femmes dirigeantes autochtones et des autorités autochtones afin de tirer parti de leurs connaissances et d’améliorer les efforts de renforcement des capacités dans le cadre des pratiques de mobilisation.

Webler et al. (1995) ont créé un modèle de discours coopératif qui comprend les recommandations suivantes pour favoriser une participation plus équitable à l’EI :

  • fournir des renseignements détaillés et accessibles sur les attentes des participants dès le début (notamment en donnant des sommaires en langage clair traduits dans toutes les langues écrites utilisées par les collectivités);
  • offrir aux participants la possibilité de cocréer le processus d’EI;
  • bonifier les discussions par l’ajout de visites du site concerné;
  • donner aux participants la possibilité de discuter de ce qu’ils ont appris en petits groupes;
  • se réunir dans différents lieux communautaires locaux (comme une bibliothèque, un café ou un restaurant populaire, un centre communautaire, etc.);
  • si un format de panel est utilisé, veiller à ce que chaque personne ait la même chance de s’exprimer.

Exemples

L’application de l’ACS Plus culturellement pertinente aux processus de mobilisation avec les peuples autochtones consiste à aller au-delà des pratiques de mobilisation standard en les adaptant aux collectivités et régions spécifiques concernées. Cela peut impliquer de viser certains groupes de personnes confrontées à des obstacles à la mobilisation, dont la voix n’est pas souvent entendue, ou pouvant ne pas être à l’aise de s’exprimer dans certaines situations. Par exemple, certaines femmes ne se sentent pas à l’aise de parler en public devant un groupe d’hommes, de sorte que la création d’espaces particuliers pour permettre leur participation pourrait contribuer à résoudre ce problème. 

La mobilisation éclairée par l’ACS Plus culturellement pertinente en est une se faisant de manière appropriée au lieu, aux personnes et au projet concernés. Pour ce faire, il faut collaborer avec les collectivités afin qu’elles puissent donner leur définition d’une mobilisation culturellement pertinente et appropriée. Par exemple, dans le cadre de l’évaluation d’impact harmonisée de l’élargissement de la route transcanadienne dans le nord de l’Ontario. L’évaluation d’impact harmonisée reflète l’expression anichinabée de collaboration en intégrant des perspectives et systèmes de connaissances autochtones. Elle décrit en particulier les effets du projet tels qu’ils sont perçus dans le cadre d’un processus mettant en œuvre le Manito Aki Inakonigaawin (ou « grande loi de la Terre »). Cette approche harmonise les enseignements anichinabés avec la science occidentale, créant ainsi un cadre unique qui respecte et intègre les visions du monde autochtones tout en répondant aux exigences de l’évaluation. Au fil de l’évaluation harmonisée de l’impact, des réunions ont été spécialement organisées pour les aînés, les jeunes, les hommes et les femmes. On a organisé différents types d’événements et d’activités, notamment des événements communautaires, des rencontres d’aînés, des entretiens individuels et des cérémonies. Dans tous ces cas, on a mis l’accent sur la narration comme moyen de partager des renseignements et d’apprendre les uns des autres. Les entretiens ont également eu lieu après des événements communautaires ou des rencontres d’aînés afin de laisser plus de temps pour réfléchir aux problèmes. Au cours des entretiens ou des groupes de discussion, des « ressources mnémotechniques » comme des photos ont été utilisées pour faciliter la mémorisation et la narration (Harmonized Impact Assessment, 2021, p. 40).

Généralement, une mobilisation fondée sur une ACS Plus culturellement pertinente permet de garantir une participation substantielle et significative de diverses perspectives et collectivités. Cet aspect est particulièrement important dans la phase de détermination de la portée, car c’est là que les paramètres de l’évaluation sont établis, y compris les composantes valorisées ou les questions clés qui seront incluses dans l’évaluation d’impact. Il s’agit donc d’une occasion d’influencer la forme de l’évaluation avant qu’elle n’ait lieu (plutôt que de simplement la commenter une fois qu’elle a été déterminée). L’évaluation environnementale stratégique (EES) du Nunavut dans la baie de Baffin et le détroit de Davis, qui a évalué le potentiel d’une future exploration pétrolière extracôtière au Nunavut, a passé environ un an à déterminer la portée de l’évaluation. Ce processus a inclus deux mobilisations dans 10 collectivités du Nunavut. Grâce au temps consacré au processus de détermination de la portée, les commentaires du public et l’importance accordée par les collectivités aux changements climatiques ont pu ajouter cette composante à la liste des éléments importants du processus d’évaluation. 

Enfin, pour que la mobilisation soit couronnée de succès, elle doit non seulement comprendre des méthodes culturellement appropriées, mais aussi être annoncée à l’aide de canaux qui conviennent à la collectivité et qui sont largement accessibles. Par exemple, les médias sociaux ne sont peut-être pas le meilleur moyen pour annoncer des événements ou des occasions dans des endroits où l’Internet est mal connecté ou là où la population est plus âgée. Dans le cadre de l’évaluation d’impact harmonisée décrite plus haut, on a distribué, de différentes manières et sous différents formats, des bulletins d’information bimestriels destinés à tenir les gens au courant des événements et des progrès réalisés. Les bulletins ont été apportés à certains endroits où ils pouvaient être ramassés par les résidents, distribués de porte à porte et posés sur des panneaux d’affichage dans des endroits clés de la collectivité (Harmonized Impact Assessment, 2021, p. 39). Ils ont également été publiés sur Facebook. Pour annoncer les événements, des affiches ont été diffusées sur Facebook et posées dans les collectivités. Ces affiches comprenaient les renseignements clés nécessaires à la participation et à l’attraction des gens, y compris des informations sur les prix et les honoraires. Bien que la publicité soit importante, pour inciter les gens à venir aux événements, il faut aussi tenir compte des obstacles à la participation et des moyens d’y remédier. Par exemple, les séances de mobilisation en personne et virtuelles devraient être accessibles et inclusives pour les personnes en situation de handicap en prenant des mesures telles que l’utilisation de lieux accessibles et la mise à disposition de sous-titres codés pendant les réunions. En outre, l’offre de repas, de rafraîchissements et de services de garde d’enfants est essentielle pour réduire les obstacles et élargir la participation.

Références et ressources utiles